Paris, le 12 janvier 2008 | Pour le temps des fêtes 2007, j’ai confronté ma vision romanesque de Noël à une réalité toute autre. En octobre dernier, j’avais décidé conjointement avec mes collègues du travail et ma famille qu’il était plus approprié de rester la semaine de Noël en France et revenir au Québec pour le jour de l’an. L’idée était qu’il devait y avoir au moins un Directeur de projet au bureau durant cette semaine, et après tout, avec toutes les soirées de famille, il valait peut-être mieux que je vienne après que la folie du temps des fêtes se soit estompée un peu. J’avais donc prévu de rentrer au Québec le 29 décembre. Jusqu’à que là, tout va bien.
La semaine précédent celle de Noël, je devais aller en Espagne, à Madrid, pour démarrer un nouveau projet chez un de nos nouveaux clients. L’intervention devait durer 3 jours, du lundi au mercredi. J’avais décidé d’y aller dès le dimanche : le billet d’avion était nettement moins cher ce qui me permettait du coup de profiter du dimanche au frais d’Orsyp, tout le monde y gagnait. En plus, depuis quelques jours, ma connexion Internet chez moi ne fonctionnerait plus. J’étais donc privé d’internet et surtout du téléphone qui est connecté à mon modem câble. J’avais pris la peine d’appeler la compagnie Internet pour les avertir de la panne, où j’ai du passer 30 minutes en attente à 0,34€/minute + les frais de la compagnie du portable pour me faire dire que la panne était bien recensée et qu’ils travaillaient à rétablir le service dès que possible, sans pouvoir me fournir de dates de rétablissement. Au moins, à Madrid, j’aurai internet à l’hôtel, et à mon retour, la connexion sera rétablie, pensais-je alors…
Le dimanche en Espagne, tout s’est bien passé, j’ai pu faire du shopping, visiter un peu cette ville que je connaissais déjà un peu. Madrid est toujours très chouette, plus chaleureuse que Paris, plus gay, plus hot. Les gars sont tous à croquer, et Madrid est en train de devenir rapidement la nouvelle capitale gay de l’Europe et ça se sent, ressent et se voit!
L’intervention chez le client me stressait parce que je n’avais pas pratiqué mon espagnol depuis longtemps, et le travail que je devais faire nécessitait beaucoup de bla bla et d’interaction avec le client. Au final, ce n’est pas vraiment mon espagnol qui a mal tourné, mais plutôt un vilain virus qui a fait surface dès la nuit du lundi à mardi.
Je me suis rendu tout de même chez le client le mardi matin, après avoir pris un grand « Café con leche » chez « Dunkin Coffee » (l’appellation de Dunkin Donut en Espagne… hey oui, je suis allé là moi, un beigne café ça change du croissant expresso…). Malgré la caféine, ca n’allait pas du tout. À 16h, j’en pouvais plus des maux de tête et des frissons… j’ai averti le client que l’intervention se terminerait aujourd’hui « porqué me siento bastante enfermo, y creo que no puedo seguir la intervencion… ». Après tout, j’avais complété tout ce qui avait été prévu en 2 jours plutôt que 3 jours, donc le client n’avait rien à me reprocher.
Quelques minutes plus tard, j’ai pris un taxi et hop à l’hôtel, je me suis couché… J’ai ensuite changé mon billet d’avion de « Vueling » à « Air Comet » pour 40 euros pour rentrer à Paris plutôt le lendemain à 15h. J’avoue qu’avec un mot pareil « Air Comet », j’avais peur de voyager dans un autobus scolaire volant, mais au final, ce fut très agréable… quoique dans ma condition c’est peut-être un mot fort. En attendant l’embarquement, j’avais pris rendez-vous à Madrid avec mon médecin et convenu de le voir le soir même à Paris à 18h45 (vive la France, ce type d’action aurait été impensable au Québec avec le système de santé déficient…). Arrivé à Charles de Gaules à 18h, avec mon jus d’orange, j’ai pris un taxi qui a pris un temps fou pour se rendre chez moi. Quand ça coûte 55 euros pour rendre chez moi, c’est que ca a été super long! Du coup, j’ai du annuler mon rendez-vous avec le médecin que j’ai vu le lendemain. Verdict : un truc viral, mélange de grippe et gastro qui se présentait d’abord avec des grosses migraines que même le médicament du médecin arrivait à peine à calmer. Le temps des fêtes inaugurait bien…
À mon retour chez moi, j’ai eu le malheur de constater que ma connexion internet n’était toujours pas rétablie. Pas de bolle! Je suis en arrêt de travail, je n’ai rien à faire… Imaginez un peu la scène : je vis dans un espace de 13m² (3 mètres par 4 mètres, je mesure 1,88m de long…), je n’ai pas de télévision, je n’ai pas internet, je n’ai pas de téléphone pour appeler au Canada, et mon forfait téléphonique sur mon portable est déjà explosé, les appels au Canada me coûtent cher… Les médicaments me donnent le goût de dormir, impossible de lire un livre, la musique ne donne mal à la tête. Super début de vacances!… Heureusement qu’il y avait mon gentil petit chat, Pitchou, qui était lui très heureux de se retrouver avec son maître disponible à 100%!
Peu à peu les migraines se sont estompées pour faire place à une gastro qui ne donne pas sa place au palmarès des pires gastro de ma vie. Du coup, je commence à avoir l’impression que mon appart se transforme en litière / toilette géante. Beurk!! Je mange que du riz et de la compote de pommes… Le 24 décembre au soir, je reçois une invitation de mon ami François qui m’invite à faire un réveillon. Enfin, je vais sortir de chez moi… Erreur! Les maux de ventre et la diarrhée n’ont forcé à rester chez moi. Je vais me faire plaisir quand même pensais-je, je vais me chercher des sushis. Après tout, c’est que du poisson et beaucoup de riz. Malheureusement, ce ne fut pas très bon…
Le 25, ce fut vraiment le pire… Le dégout de mon appart commence à devenir insupportable. Tout me parait dégeux, contaminé par mon virus qui ne donne décidemment au signe de vouloir me quitter. Désespéré, je décide qu’il est temps de faire un méga ménage, et surtout de laver tout mon lit : mes draps, mes taies d’oreillers, les oreillers, la couette,… tout y passera!
Le 25, la laverie à côté de chez de moi est fermée bien entendu. Mais ce n’est pas grave puisqu’il y a une autre laverie « self service » ouvert jusqu’à 22h à 5-10 min de marche de chez moi. J’entrepris donc de m’y rendre avec tous mes trucs dans ma petite valise et mon méga sac IKEA. J’arrive par arriver à la laverie sur Rue de l’ours, de mettre tous les trucs dans 3 machines à laver, prêt à démarrer lorsque je me rends compte que la machine électronique pour effectuer le paiement (la « centrale ») ne fonctionne pas. Je valide en appelant le numéro affiché au mur. Rien à faire, la dame ne passera pas ce soir, c’est Noël, bien sûr! Qui d’autres à Paris passerait son Noël à laver sa couette!? « Ne vous en faite pas Monsieur, je suis aussi la proprio d’une autre laverie à quelques minutes de celle-ci… faites-y un tour, c’est à côté », me dit la dame au téléphone. Soudain, je doute… devrais-je retourner dans mon bordel infecté avec tous mes trucs ou continuer ma route avec tous mes trucs? Vais-je survivre éloigné de ma toilette quelques minutes de plus?
Finalement, j’opte pour l’option 2, et entrepris de trouver cette petite laverie, supposément tout près. Après un autre 10-15 minutes à chercher, et trimballer tous mes trucs sur le boulevard Sébastopol, j’ai fini par trouver cette mini-laverie, avec 3 machines à laver, 2 machines à sécher, rien d’autre même pas une chaise pour s’assoir… en plus, il fait froid, c’est hyper humide… Joie!
Autre malheur, je réalise que la machine n’accepte pas les billets d’euro comme la laverie précédente, on doit insérer que des pièces. Oh la la… ma mission n’en fini plus de se complexifier! Je mets tous mes trucs dans mes machines, et je pars à la rechercher d’un dépanneur, resto, n’importe où où je pourrai me faire de la monnaie. Soudain, à quelques rues de là, je trouve un resto arabe ouvert, avec un gars au comptoir qui m’explique qu’ils ne rendent pas la monnaie. « S’il vous plait Monsieur, j’ai vraiment besoin de monnaie pour compléter ma lessive… soyez aimable, c’est Noël! ». Au coup, j’ai réussi à les avoir à force de manipulation émotionnelle… De retour dans la laverie, le lavage peut commencer.
Après une heure, une gentille jeune fille surgit dans la laverie. Apparemment, je ne suis pas le seul qui a décidé de faire son lavage à Noël.
- Ah zut, je n’ai pas de savon, dit-elle à voix haute
- Utilisez le mien, il y a pas de soucis
- Ah non, je ne voudrais pas, quand même…
- Allez-y, franchement, c’est que du savon, et c’est Noël, c’est la moindre des choses!
- Vous êtes très gentil Monsieur, merci!
C’est ainsi que j’ai rendu la vie un peu plus belle à quelqu’un à Noël. Après avoir passé 2h30 dans la mini laverie (heureusement, j’avais apporté mon livre de Dan Brown « Digital Fortress »), j’ai repris la route chez moi, où une fois rentrée, malgré la gastro, j’ai trouvé l’énergie pour tout nettoyer, désinfecter, même laver le plancher. Un coup parti, pourquoi pas.
Satisfait d’être à nouveau dans un endroit salubre au parfum d’eau de javel, j’ai décidé de me faire un petit souper de Noël… rien de très original : du riz!
Le lendemain, c’était le temps de reprendre le travail. Le matin, j’ai fait une halte à la pharmacie pour me prendre de l’immodium, et acheter des cachets de probiotiques, conseil de ma grande sœur. Le résultat a été plutôt surprenant. Deux jours plus tard, j’ai presque complètement rétablie, et en route vers Montréal, pour entamer le deuxième chapitre de mon temps des fêtes, qui cette fois-ci, s’est passé super bien (merci Pat!).